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  • Jacinthe Paquette

Vieillir... banal !


Imaginez…


Vous vous levez un matin et vous avez 50 ans. Une journée en apparence comme les autres. Le soleil est le même, la lune aussi, le ciel est bleu et les arbres verdissent. Tout est la suite d’hier, tout est le demain retenu.

Dans le miroir, votre visage est le même que la veille au soir alors qu’il était encore dans la quarantaine.

Votre souffle est le même, votre papier de toilette est rangé au même endroit et le tiroir de votre commode coince toujours à mi-parcours.


Vous avez 50 ans et le gazon est trop long. Vous avez 50 ans et le voisin lave son auto. Vous avez 50 ans et les zucchinis sont en spécial à l’épicerie. Vous avez 50 ans et il y a une faute d’orthographe dans l’avis de décès de Théodore de Martinville. Vous avez 50 ans et la Terre tourne encore et encore sans même faire une pause pour vous laisser parler d’amour.


Tout autour est pareil. 


Finalement, avoir 50 ans, c’est banal.

Banal pour l’univers pour qui ce 50 ans est une fraction de seconde.

Banal pour l’humanité car des dizaines de milliards de personnes ont déjà franchi ce cap avant vous depuis le commencement du monde.

Banal car ce n’est que l’âge du corps.

Banal car vous êtes comme hier et comme demain, sous le même vent de Vie.

50 ans, c’est banal !


Banal comme un frisson d’ordinaire qui aplatit la vie. Comme une œuvre d’art unique achetée dans une vente de garage qui s’avère finalement « made in China ». Banal comme une jambette qui vous enfarge en pleine course glorieuse du « Je suis » pour mieux vous faire atterrir les deux genoux dans la garnotte de la vie sur Terre. Vous vous relevez plus ou moins écorchée, c’est selon l’intensité du mirage du sensationnel. Foutu banal, comment y échapper ?

Désolée, impossible ! Tout simplement car le banal est un état de vérité, l’appel d’un acte d’humilité sans pareil. Plus vous l’ignorez, plus la chute sera brusque. Le sentiment du banal de sa vie est un grand rendez-vous avec Soi ! Le banal ne s’évite pas, il s’invite ! Il s’invite en grand maître afin de vous rappeler la puissance de l’ordinaire. Il s’invite en grand maitre afin de vous enseigner qu’appartenir à la grande prairie uniforme permet d’en saisir les reliefs subtils, la grandeur des toutes petites nuances que révèle votre unicité. Oui, le banal est parfait, parfaitement sacré !


Le banal c’est du commun. Le commun c’est la communauté. La communauté en dedans de vous comme en dehors de vous. Le banal c’est… être ensemble, semblables, liés ! Lié avec tous vos dedans, lié avec tous vos dehors, lié en la Vie, la Vie par vous. Le banal c’est la conscience honorant sa petitesse en cette vastitude qu’est l’infini de la vie. Le banal tire sur votre chandail comme une assignation à vous mettre à genoux en toute humilité, sous la brillance d’étoiles âgées de centaines de millions d’années, pour un instant de vénération du temps qui passe. Le temps, ce privilège de la vie sur Terre, celui sans qui il n’y aurait ni sentier ni migration, ni colère ni caresse, ni vous ni moi. À genoux, pour une toute petite trêve qui rappelle que c’est debout que le pas-à-pas prend tout son sens. Debout au cœur du commun, au cœur de Soi, de ce Soi de 50 ans.

Avoir 50 ans c’est rendre hommage au chemin parcouru, c’est chanter les essentiels de celui devant, c’est la valse des pareils et de la multitude que porte votre unicité. C’est la célébration de la relation intime avec Soi. Avoir 50 ans c’est renouveler ses vœux de vie et s’enraciner un peu plus dans la plus belle solitude qui soit, celle qui mène là où tout est unifié. 


Votre papier de toilette est toujours au même endroit. Votre voisin a fini de laver son char et là il plante des Saint-Joseph roses dans un pneu à plat à côté de sa boite à malle. La Terre tourne comme hier. Oui, tout est apparence pareille, mais pas tout à fait car vous avez maintenant cette lumière de 50 ans au fond des yeux. Une lumière sacrée, une lumière qui ne s’explique pas car elle se vit !


Avoir 50 c’est encore plus... Être pareille et différente, être exceptionnelle et banale, être en Vie, être plus que jamais sur la voie de plus d’amour, de plus d’amour encore !


Jacinthe Paquette

(Texte inspiré de l’anniversaire de 50 ans de Myriam Keyzer, auteur du livre Otage du silence)

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